À propos de Sid Marin, directeur artistique et photographe de mode, Paris

Qu'est-ce qui fait mon regard

J'ai commencé à photographier dès que j'ai pu tenir un appareil, et je n'ai jamais arrêté. C'est devenu quotidien bien avant de devenir un métier.

Ces cinq dernières années, j'ai voyagé sur cinq continents et dans quarante pays. Ça a changé ma façon de photographier plus que n'importe quel apprentissage : des gens de tous âges et de toutes cultures, des villes, des montagnes, des plages, et des lumières que je ne choisissais pas, jusqu'à des endroits où le soleil ne se couche jamais. On apprend vite à s'adapter à ce qui se présente devant l'objectif, et à travailler avec ce qu'on peut porter sur soi : peu de matériel, des optiques que je connais par cœur, et la certitude de savoir laquelle sortir et pourquoi.

Mais je voyageais sans équipe. Pas de mannequin, pas de styliste, pas de maquilleur, personne pour repérer les lieux. Pour faire des projets plus construits, il fallait donc trouver ces gens partout où j'allais, et accepter de ne pas toujours les trouver : on ne reste pas assez longtemps quelque part, ou déplacer tout le monde devient impossible.

Alors j'ai fait un peu de chaque métier. Un peu de stylisme, sans être styliste. Un peu de maquillage, sans être maquilleur. De la direction artistique, que j'ai poussée jusqu'à ce qu'elle devienne mon métier. Et si je suis mannequin signé en agence, c'est pour la même raison : savoir ce qu'on ressent devant l'objectif pour mieux y diriger quelqu'un, et pouvoir prendre la place quand il n'y a personne d'autre.

Ce que j'y ai gagné n'est pas une compétence de plus, c'est comprendre ce que fait chacun, pour l'avoir fait et savoir monter une équipe où que je sois : trouver les bonnes personnes, sentir celle qui ne viendra pas, et avoir déjà un plan quand elle ne vient pas.

C'est de là que vient ma direction artistique. Pas d'une formation : de la nécessité. Je construis un projet du concept à l'image finale parce que j'ai tenu chacun des postes qui le composent, et je comprends ce dont une équipe a besoin parce que j'ai eu ce besoin-là. En français, en anglais ou en espagnol, selon le plateau.

Sid Marin, photographe

Comment je dirige quelqu'un devant l'objectif

Ça dépend entièrement de qui est devant moi, et c'est là que se fait le travail.

Quelqu'un qui n'a jamais posé a besoin d'un point de départ. Là je ne demande pas, je montre : je fais le geste et la personne le copie. Je fais coucou, elle fait coucou. Je pose la main sur ma hanche, elle pose la main sur sa hanche. Personne n'est perdu, parce qu'il y a quelque chose à regarder plutôt qu'une consigne à interpréter.

Un mannequin professionnel n'a pas besoin de ça. Là je pars de ce qu'il sait déjà faire, sans rien lui retirer, et je l'emmène ailleurs. Souvent en donnant une histoire plutôt qu'une pose : une situation dans laquelle se projeter, d'où viennent ses propres idées. Les meilleures images sortent presque toujours de là.

Entre les deux, tout dépend de la personne. Sa taille, sa morphologie, les réflexes que son métier lui a donnés, ce qu'elle aime chez elle et ce qu'elle n'aime pas. Je ne cherche pas à lui faire faire ce que je ferais, je cherche l'endroit où elle se sent juste. C'est le seul qui se voit sur l'image.

Quand il n'y a pas de seconde prise

J'ai photographié deux reines en exercice, dans un musée privatisé pour l'occasion. Je n'avais jamais travaillé avec la royauté, et on n'en apprend pas les règles à l'avance : elles ne sont écrites nulle part.

Ce qui m'a permis de tenir, c'est tout ce qui venait avant. À force de photographier des gens dont le temps est compté, on apprend où se placer, comment parler, ce qu'on peut demander et ce qu'on ne demande pas. Surtout, on apprend à ne pas avoir besoin d'une deuxième prise. Ces personnes passent une fois, quelques minutes, et repartent. Il faut être prêt avant qu'elles arrivent, obtenir l'image, et libérer la place aussi vite.

J'ai aussi travaillé dans le monde du luxe. J'en connais les codes, son rythme et ses silences, et je n'ai pas besoin qu'on me les explique sur un plateau. C'est là que se joue la différence entre quelqu'un qui fait de belles photos et quelqu'un à qui on confie une situation.

Une campagne printemps-été photographiée en janvier, au Cap, en vraie lumière d'été. Pour une marque qui produit en Europe, c'est six mois gagnés sur le calendrier.

Travailler ensemble

Ce qui se commande, à Paris, au Cap et ailleurs :

  • - Photographie éditoriale et de campagne pour les maisons et les marques
  • - Direction artistique : concept, casting, direction du style, direction sur le plateau
  • - Couverture de Fashion Week : défilé, backstage, street style et portraits de personnalités
  • - Lookbooks, e-commerce et contenu de marque
  • - Photographie d'événement, livrée via une galerie privée

Pour une commande ou une galerie d'événement : sidmarin.ph@gmail.com